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Textes taoïstes
LIE-TSEU et YANG CHU

La philosophie taoïste est une philosophie du naturalisme, et l'obéissance aux lois de la nature son premier axiome. Yang Chu et Lie Tseu partent du même point - l'observation de la nature. Ils postulent l'existence d'une chose naturelle, ni bonne ni mauvaise en soi.

Ils acceptent également la doctrine du vol universel de la nature - où tout ce qui y existe constitue la propriété commune, et est donc volé - et la doctrine de l'indifférence : le vrai taoïste minimise les désirs et envies.

Là où les deux penseurs divergent c'est dans la théorie de la conduite de la vie. Pour Yang Chu, la vie est dominée et limitée par les sens. L'homme ne doit renoncer à rien, ni ne doit se battre pour rien. Aussi aboutit-il à une philosophie de vie logique et amorale, dans laquelle la vie et l'expresssion de la vie sont centrées dans les sens, et où cultiver les sens est la loi essentielle, et leur gratification l'objet ultime.

Lie Tseu, essentiellement métaphysicien, plonge dans l'inconnaissable. Pour lui, la vie est une force étrangère, inerte, passive et féconde, imperméable, intangible et mystérieuse. C'est à la compréhension de cette force résidant derrière tous les phénimènes naturels que Lie Tseu nous encourage. "Apprenez à connaître le Tao qui est la voie de la nature; laissez-vous dériver pour vous unir à la nature". Les désirs et leur satisfaction n'ont aucune place dans cette philosophie.

Ainsi pour Yang Chu les sens sont tout, et leur satisfaction la seule chose qui importe. Pour Lie Tseu, sans contrainte et renonciation, on ne peut rien atteindre, car la voie du Tao est une voie fermée.

La philosophie de Yang Chu serait donc une philosophie de la joie et du contentement caractéristique de la jeunesse, et celle de Lie Tseu, une philosophie de la passivité et de l'introspection qui siérait plutôt à la vieillesse.

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Les corps dans le taoïsme ancien
GRAZIANI (Romain)
Les textes du taoïsme ancien ne dissertent pas dans l'abstrait du corps humain. Sous la forme de fictions et de fables, ils mettent en scène ses usages possibles, ses ressorts et ses ressources : un ancien condamné, amputé d'un pied pour ses crimes, rudoie le Premier ministre au sortir de leur cours de méditation, et lui en remontre sur la notion de vertu. Un ermite malicieux rembarre un aspirant à la sagesse en se piquant de refuser les "gueules cassées" produites en série par l'éducation confucéenne. Le maussade et concupiscent seigneur de Wei retrouve soudain le sourire à l'écoute des propos d'un reclus des montagnes, venu l'entretenir de chiens et de chevaux galopant librement "dans les steppes du non-être". Les prouesses de l'archer Liè-tseu sont réduites à rien par Comte Obscur, qui lui enseigne "le tir du non-archer". On voit défiler dans les premiers écrits taoïstes, le Tchouang-tseu et le Liè-tseu, les figures les plus admirées et les plus détestées de la société chinoise, du gentleman plein de prestance, rompu aux civilités d'apparat jusqu'au paria hideux et querelleur. Comment l'éthos taoïste parvient-il à discourir du sage en se dispensant de notions morales, en pensant la sagesse comme un régime de puissance, en l'associant à l'ampleur de l'espace, au travail de l'imagination, à l'oeuvre du Ciel ? Par une apparence de paradoxe, ce sont les corps infirmes, les créatures informes, les êtres les plus infâmes qui jouissent d'une affinité de fond avec le Tao, le Principe qui régit le cours des êtres et des choses.
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Lao-Tseu
DESPEUX (Catherine)

Lao-tseu (ou Laozi), le "Vieux Maître", est une grande figure de la pensée chinoise, un sage dont l'historicité s'efface derrière la légende. Mais il est aussi un personnage important du taoïsme, divinisé sous le titre de Très Haut Seigneur Lao et qui, bien que représenté sous forme humaine, procède en réalité du chaos primordial, se confond avec l'origine des choses et manifeste de temps à autre des signes pour guider le monde.

Au cours des siècles, sa pensée a exercé une influence considérable dans toutes les couches de la société chinoise et dans des milieux très divers : gens des campagnes, artisans et commerçants, ermites, lettrés, militaires, religieux, artistes, médecins, empereurs, impératrices et, plus récemment, spécialistes d'arts martiaux et maîtres de qi gonq. Ses adages servent à la connaissance de soi, mais aussi dans l'art de la guerre, l'exercice de l'autorité, l'art de rester en bonne santé et la recherche du bien-être.

Guide de l'insondable, Lao-tseu montre le chemin vers l'ineffable Voie et apprend à palper la respiration du monde. Il propose une philosophie de l'agir sans interférer dans le cours des choses, un cheminement vers la connaissance de soi pour œuvrer dans le monde. Le sage protège son souffle, conserve sa puissance spirituelle et maintient l'intégrité de son être, afin que la sagesse qui en découle lui permette de trouver la Voie mais aussi de servir autrui.

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